jeudi 7 avril 2011
jeudi 7 avril 2011 Alors que j’émerge doucement de ma longue nuit, que le soleil se dresse tranquillement sur le lagon, et que je marche sur la plage vers le centre de plongée… je remarque une étrange trainée sur le sable. Comme si quelqu’un avait trainé un gros objet de la mer jusqu’au pied des cocotiers. Au bout de la trainée je distingue des jets de sables. En m’approchant je peux maintenant entendre un souffle, comme une difficile respiration. Puis, d’un peu plus prés, j’aperçois une grosse carapace sombre derriere un tas de sable... Je me tiens a présent a quelques enjambées d’une grosse tortue verte en train de pondre ses œufs. J’observe. Elle semble fournir des efforts herculéens pour accomplir sa tache. Hors de son élément, elle se débat dans le sable et son énorme carapace ne fait rien pour l’aider. Elle est complètement vulnérable. Incapable de fuir si quelqu’un décidait de l’attaquer. Tout ca pour accomplir ce que son instinct le plus profond lui dicte : Pondre sur cette plage. Et pas ailleurs. Cette tortue a probablement plus de cinquante ans à en juger par sa taille. Elle-même est sans doute née sur cette plage… quand l’homme n’y était que très peu présent. Aujourd’hui les bungalows couvrent quasiment toute la plage. Que ce soit à trois heures du matin ou a sept, il y a presque toujours quelqu’un qui sera témoin de son effort intime. Mais l’instinct semble forger une détermination inaltérable qui la pousse coute que coute à pondre ici. Pourtant d’autres plages de l’ile, moins fréquentées, donneraient plus d’espérance de vie à ses œufs. J’espère d’ailleurs que vous ne vous êtes pas déjà trop attachés a cette progéniture en devenir… Car dans quelques minutes, quand elle aura terminé sa tache et s’en retournera vers la mer, les locaux vont s’empresser de déterrer la soixantaine d’œufs pondus pour les manger et les vendre. C’est moche. Enfin moi ca me casse un peu le moral dés le matin. Tant d’effort pour rien. Et ces locaux qui sont incapables de voir que ce sont les tortues qui font venir les touristes… Nous sommes pourtant dans un parc maritime protégé mais le fait que l’opération soit totalement illégale ne les gène en rien. Encore une fois l’homme dans sa grande imbécilité à petite comme a grande échelle ne me donne pas beaucoup d’espoir quand a sa capacité à sauver ce qu’il reste à sauver sur notre (ex) belle planète. Du coté de ma petite vie insignifiante, les choses se passent de mieux en mieux. Le beau temps semble décidé à s’installer pour la saison et la mer est presque calme. Les plongées sont assez exceptionnelles et les clients commencent à affluer. Malgré tout je songe toujours beaucoup à rentrer. J’ai encore deux trois choses à régler avant de me décider pour de bon. Aujourd’hui je suis de « garde » dans le nouveau centre que nous ouvrons a l’autre bout de la plage (celui la même ou nous travaillions l’année passée avec Charlotte). Mon rôle consiste principalement à faire un peu de ménage, et à vendre des cours aux passants. Pas de plongée aujourd’hui. Je vais en profiter pour bronzer un peu ! A bientôt.
vendredi 1 avril 2011
vendredi 1er avril 2011 Premier avril. Mais pas de poisson… la mer est encore trop agitée pour que les bateaux partent sur les sites de plongée. Alors une fois de plus nous allons rester toute la journée au shop à attendre que le soleil se couche. Lassés de jouer aux cartes, chacun fini dans son coin, à surfer sur internet, lire un livre, ou simplement regarder la mer. Je ne peux m’empêcher de penser que je serais mieux chez moi à attendre que ma chérie rentre de son travail. Cuisiner un petit diner simple que nous partagerions devant une émission plus ou moins débile. Mais bon je suis ici et je m’ennuie. Hier j’ai cherché le prix d’un billet retour vers Paris. J’en ai trouvé des pas trop chers : 300€. 300 euros et dans trente heures je serais chez moi. Cette pensée a de quoi me faire réfléchir. J’essaye pourtant de l’enfouir au fond de ma tête et de tout faire pour tenir encore un peu. Je veux attendre de voir si ce sentiment perdurera quand le soleil et les clients seront de retour. Je sais que Charlotte me manquera toujours. Rien ne changera de ce coté là mais le plan est que je me trouve tellement fatigué et accaparé par le travail que le temps disponible pour me lamenter sur mon sort soit réduit a une ou deux heures par jour. Je me donne une à deux semaines. Si le temps ne s’arrange pas ou si le travail n’arrive pas à me changer les idées alors je quitterai la Malaisie pour retrouver le Printemps de Paris. Autre bonne nouvelle : j’ai passé une bonne partie de la nuit sur le sol de ma salle de bain, oscillant entre sommeil et pulsions de vomi. Je vous passe les détails, disons juste que le curry de poulet n’était déjà pas extra a manger … donc bien pire à vomir. Ce qui me rappelle une réflexion métaphysique que je me suis faite cette nuit entre deux nausées… : il est vraiment surprenant de constater le taux de dilatation des aliments dans mon estomac. Alors même que je n’avais ingéré qu’un seul bol de curry, j’aurais pu en remplir au moins sept ou huit à la force de mes régurgitations bruyantes. Je vous laisse à vos propres souvenirs d’expériences similaires passées pour tirer vos conclusions. Mais je trouvais que ce phénomène étrange se devait d’être mentionné. Le résultat de cette nuit difficile est une journée encore plus difficile. Il est fort possible que je quitte le magasin dans très peu de temps pour rejoindre le sol de ma salle de bain. Devant tant de déconvenues j’ai décidé de me reprendre en main et de profiter des ces temps morts pour me remettre en forme : demain matin si mon ventre le permet, j’irai courir. Deux allers-retours sur la longue plage puis quelques pompes et abdos et rebelote. Les temps mort de l’après midi seront consacrés quand a eux au peaufinage de mon bronzage. A bientôt.
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